{"id":246,"date":"2020-02-17T14:00:40","date_gmt":"2020-02-17T14:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/sulunsukuku\/?p=236"},"modified":"2020-02-17T14:00:40","modified_gmt":"2020-02-17T14:00:40","slug":"le-surrealisme-au-service-de-la-quete-memorielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sulunsuku.net\/?p=246","title":{"rendered":"Le surr\u00e9alisme au service de la qu\u00eate m\u00e9morielle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><em><strong>Hakilitan<\/strong><\/em><em><strong>\u00bb (ou La m\u00e9moire en fuite) \u00e9tait un des trois repr\u00e9sentants burkinab\u00e8 en lice pour l\u2019Etalon d\u2019or de Yennega \u00e0 la 26<\/strong><\/em><sup><em><strong>e<\/strong><\/em><\/sup><em><strong>&nbsp;\u00e9dition du FESPACO. Dans ce long m\u00e9trage, Issiaka Konat\u00e9 proc\u00e8de par une introspection pour questionner sur la m\u00e9moire. Et puisque celle-ci se r\u00e9v\u00e8le insaisissable, le r\u00e9alisateur invoque le surr\u00e9el pour en parler.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les choses ne fileront pas droit, pr\u00e9vient Issiaka Konat\u00e9 d\u00e8s que l\u2019\u00e9cran s\u2019allume. En lieu et place du g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9but, le spectateur a droit \u00e0 celui de fin. Sans \u00eatre nouvelle en soi, la parade a le m\u00e9rite d\u2019introduire, sans ambages, le spectateur au c\u0153ur du sujet du film. L\u2019incoh\u00e9rence est le ma\u00eetre mot. \u00ab&nbsp;<em>Hakilitan&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(<em>ou La m\u00e9moire en fuite<\/em>) interroge sur ce qui pourrait advenir de l\u2019individu, mais aussi de la soci\u00e9t\u00e9, si la m\u00e9moire se perdait. Ainsi, il convoque, pour le traduire, un m\u00e9lange de genres. Le documentaire et la fiction. Le r\u00e9el et l\u2019irr\u00e9el. Le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent. Et c\u2019est au c\u0153ur de son monde qu\u2019il plonge pour parler de cette dualit\u00e9. Le r\u00e9alisateur s\u2019introduit dans sa m\u00e9moire, celle meurtrie de son m\u00e9tier. Le film se d\u00e9roule, presqu\u2019exclusivement, sur le site du si\u00e8ge du FESPACO. En chantier depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie, le pied-\u00e0-terre de la biennale du cin\u00e9ma africain peine \u00e0 voir le jour, confront\u00e9 \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements malheureux. Le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;septembre 2009, le Burkina Faso est frapp\u00e9 par une inondation sans pr\u00e9c\u00e9dent. Situ\u00e9 dans un bas-fond, le si\u00e8ge du FESPACO est envahi par les eaux. La cin\u00e9math\u00e8que africaine, en constitution depuis 1995, est gravement atteinte. Tr\u00e8s vite, la r\u00e9habilitation des \u0153uvres d\u00e9bute et Issiaka Konat\u00e9 immortalise ces instants pr\u00e9cieux dans la constitution de la m\u00e9moire du cin\u00e9ma africain. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 2017, un incendie ravage le b\u00e2timent en construction. Le r\u00e9alisateur est, encore, l\u00e0 pour capter le ph\u00e9nom\u00e8ne dont les causes restent, jusqu\u2019ici, inconnues. Pour ancrer, davantage, son propos dans le r\u00e9el, le cin\u00e9aste utilise des interviews de deux de ses coll\u00e8gues, et non des moindres. Et, pour compl\u00e9ter cet aspect, Issiaka Konat\u00e9 fait appel \u00e0 son imaginaire. Le r\u00e9alisateur \u00e9tablit un parall\u00e8le avec l\u2019histoire d\u2019un amn\u00e9sique, un personnage fictif, dont les souvenirs refont surface, par bribes. Et comme pour faire r\u00e9f\u00e9rence aux rumeurs qui voudraient que le site du FESPACO soit habit\u00e9 par des g\u00e9nies, il fait en sorte que son personnage principale, incarn\u00e9 par Fran\u00e7ois Mo\u00efse Bamba, se r\u00e9veille en ce lieu. Mais pas question pour lui d\u2019occulter ce qui fait sa particularit\u00e9. L\u2019exploration du monde de l\u2019invisible dans ses \u0153uvres. Dans \u00ab&nbsp;<em>Hakilitan<\/em>&nbsp;\u00bb, il le fait gr\u00e2ce \u00e0 son h\u00e9ros errant sur le chantier tel un esprit contraint d\u2019\u00eatre dans un monde qui n\u2019est plus, voire pas, le sien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la r\u00e9f\u00e9rence au surnaturel, au paranormal, n\u2019est pas nouveau chez Issiaka Konat\u00e9. Dans son court m\u00e9trage&nbsp;<em>Souko&nbsp;<\/em>(Le cin\u00e9matographe en carton) tourn\u00e9 en 1998, il raconte l\u2019histoire de deux jeunes gar\u00e7ons. Passionn\u00e9 de cin\u00e9ma pour l\u2019un, et de chevaux pour l\u2019autre, ils fabriquent un cin\u00e9matographe en carton. Ils projettent l\u2019image d\u2019un cheval blanc magique sur un drap. Soudain, le cheval s\u2019\u00e9chappe de l\u2019\u00e9cran et prend vie. Dans ses pr\u00e9c\u00e9dents courts&nbsp;m\u00e9trages, \u00ab&nbsp;<em>Yiri Kan<\/em>&nbsp;\u00bb (La voix du bois) en 1989 et \u00ab&nbsp;<em>Enfants du soleil<\/em>&nbsp;\u00bb en 1995, il s\u2019y aventure. Pas \u00e9tonnant donc, de le retrouver dans ce registre avec son long m\u00e9trage.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, \u00ab&nbsp;<em>Hakilitan<\/em>&nbsp;\u00bb embarque, difficilement, le spectateur et, ce, pour deux raisons. La premi\u00e8re est li\u00e9e \u00e0 la narration. Celle-ci, en plus d\u2019\u00eatre construite en ab\u00eeme ce qui la complexifie encore plus pour un sujet qui l\u2019est d\u00e9j\u00e0, tire en longueur. Par deux fois, le cin\u00e9phile a le sentiment que le film est fini. On pense voir la sc\u00e8ne finale quand le h\u00e9ros se souvient de sa mise \u00e0 mort pour n\u2019avoir pas respect\u00e9 le pacte avec sa dulcin\u00e9e. Puis, quand la tablette \u00e9lectronique, utilis\u00e9e par le petit gar\u00e7on pour r\u00e9pondre aux questions de sa s\u0153ur, s\u2019arr\u00eate et que le noir s\u2019installe. Le noir de fin, se dit-on. On aurait voulu s\u2019arr\u00eater sur cette allusion, d\u2019autant plus judicieuse, au trou noir, au trou de m\u00e9moire. Mais, le r\u00e9alisateur rajoute quelques minutes, quelques sc\u00e8nes qui viennent alourdir le film. La seconde raison qui freine l\u2019attention du spectateur est le va et vient entre deux qualit\u00e9s d\u2019images. Celles, visiblement, \u2018\u2018fra\u00eeches\u2019\u2019 de la fiction et celles de la partie documentaire, notamment d\u2019archives qui dropaient.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, avec \u00ab&nbsp;<em>Hakilitan<\/em>&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;(ou La m\u00e9moire en fuite)<\/em>,un fait est ind\u00e9niable. Issiaka Konat\u00e9 aborde une question primordiale. Comment garder la m\u00e9moire, la m\u00e9moire collective et, surtout, la transmettre lorsque les outils disponibles pour y aider sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res&nbsp;? Mais par-dessus tout, le r\u00e9alisateur reste fid\u00e8le \u00e0 sa logique. Celle qui lui vaut d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9 de cin\u00e9aste du surr\u00e9el parce que, toujours, en qu\u00eate du sens de sa vie, de la vie \u00e0 travers son cin\u00e9ma et ce, en toute spiritualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Annick Rachel KANDOLO<\/strong><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Hakilitan \u00bb (ou La m\u00e9moire en fuite) \u00e9tait un des trois repr\u00e9sentants burkinab\u00e8 en lice pour l\u2019Etalon d\u2019or de Yennega \u00e0 la 26e \u00e9dition du FESPACO. Dans ce long m\u00e9trage, Issiaka Konat\u00e9 proc\u00e8de par une introspection pour questionner sur la m\u00e9moire. Et puisque celle-ci se r\u00e9v\u00e8le insaisissable, le r\u00e9alisateur invoque le surr\u00e9el pour en parler.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":393,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"tdm_status":"","tdm_grid_status":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":{"0":"post-246","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-reagrd"},"featured":[],"video_post":[],"video_url":false,"youtube_url":"","vimeo_url":"","custom":{"featured_image":"https:\/\/sulunsuku.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/news_131_1-1.jpg","author":{"name":"Sulunsuku","avatar":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/93011c6b81bdf8d984dd7080c3b0ae1c5e701762b963e74febd2552e228403fc?s=96&d=mm&r=g"},"categories":[{"term_id":14,"name":"Regard","slug":"reagrd","term_group":0,"term_taxonomy_id":14,"taxonomy":"category","description":"","parent":8,"count":5,"filter":"raw","cat_ID":14,"category_count":5,"category_description":"","cat_name":"Regard","category_nicename":"reagrd","category_parent":8}],"views":"1"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=246"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/393"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=246"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=246"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sulunsuku.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=246"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}